Après la plus grande crise biologique de tous les temps, des fossiles exceptionnels dévoilent une biodiversité inattendue

Figure 3. Vue d’artiste de l’écosystème marin dévoilé par le gisement paléontologique de Paris Canyon (SE Idaho, USA). Illustration par et avec la permission de Jorge Gonzalez (http://gonzalezaurus.deviantart.com).

A la fin de l’ère primaire, la plus grande extinction de tous les temps rayait de la carte 90% des espèces alors existantes. On considère habituellement que les cinq premiers millions d’années suivant cette crise furent caractérisés par une biodiversité extrêmement faible. Cependant, un nouveau gisement paléontologique situé près de Paris, Idaho (USA) lève le voile sur une diversité d’êtres vivants aussi spectaculaire qu’inattendue moins de 1,5 millions d’années après la crise, questionnant la validité d’un tel scénario. Publiée le 17 Février dans la revue Science Advances, cette découverte a été réalisée par une équipe internationale (France, USA, Suisse, Pays de Galles, Suède et Luxembourg) coordonnée par Arnaud Brayard (Laboratoire Biogéosciences, CNRS-Université de Bourgogne Franche-Comté) et impliquant cinq laboratoires français dont le LMV.

Au total, les fossiles de Paris Canyon illustrent une biodiversité plus grande et un écosystème marin bien plus complexe que ceux décrits jusqu’à présent pour le Trias inférieur. Plus surprenant encore, dans une biosphère encore profondément perturbée par la crise PT, le biote de Paris Canyon associe des groupes anciens, survivants de l’ère primaire, et les premiers représentants de groupes modernes, encore présents dans la nature actuelle. A quel point un tel écosystème constitue la règle ou l’exception durant les premiers millions d’années post-crise reste une question ouverte. Une chose cependant est désormais acquise : à la frontière entre deux mondes, et dans le prolongement direct d’une crise biologique et environnementale majeure, le Trias inférieur est une période charnière de l’histoire de la vie sur Terre. Une période complexe, perturbée, mais certainement pas dévastée ; une période qui n’a pas fini de livrer tous ses secrets !

Ces travaux sont actuellement financés par l’Agence Nationale de la Recherche (projet « AFTER » 2013-2017).

Référence :

Unexpected Early Triassic marine ecosystem and the rise of the Modern evolutionary fauna

  1. Brayard, L.J. Krumenacker, J.P. Botting, J.F. Jenks, K.G. Bylund, E. Fara, E. Vennin, N. Olivier, N. Goudemand, T. Saucède, S. Charbonnier, C. Romano, L. Doguzhaeva, B. Thuy, M. Hautmann, D.A. Stephen, C. Thomazo, Gilles Escarguel

Publié dans Science Advances le 15 Février 2017 (vol. 3, e1602159).

 

 

 

Figure 1. Le gisement paléontologique de Paris Canyon (SE Idaho, USA), photographié en 2015. Photos N. Olivier.

 

 

Figure 2 Quelques fossiles remarquables trouvés dans le gisement paléontologique de Paris Canyon (SE Idaho, USA), daté du Trias inférieur (250,5 millions d’années). A. Ammonites (a) et éponge leptomitide (s) ; B. Eponge leptomitide ; C. Ophiure (échinoderme proche des étoiles de mer) ; D. Crevette (crustacé) de la famille des caridés ; E. Thylacocéphale (crustacé fossile au mode de vie énigmatique) ; F. Crinoïde (Lis de mer) ; G. Crevette (crustacé) de la famille des pénéidés ; H. Dent de requin ; I. Mollusque bivalve ; J. Crochet de bélemnoïde (mollusque céphalopode ressemblant superficiellement aux calmars actuels et présentant de très nombreux crochets sur ses tentacules) ; K. Homard (crustacé décapode) de la famille des glyphéidés ; L. Coléoïde à gladius (mollusque céphalopode proche des calmars actuels). Longueur des barres d’échelles : 5 mm, sauf B et L (10 mm) et J (0,5 mm). Photos A. Brayard.

 

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